MILLE QUESTIONS POUR SE PERDRE

de Pascale Henry

 

C’est quoi un artiste ? Est-ce que c’est possible de dire ce que c’est qu’un artiste ? Si on savait dire ce que c’est, est-ce que c’est de toute éternité ? Est-ce que ça change en fonction de l’histoire ? Ou est-ce ce qu’on leur demande d’être qui change en fonction de l’histoire ? Est-ce qu’on peut le protéger ? De quoi il faut le protéger ? Est-ce qu’il faut le protéger ? C’est quoi aimer un artiste ? C’est comprendre ce qu’il fait ? C’est être troublé par ce qu’il fait ? C’est ne rien comprendre à ce qu’il fait mais aimer qu’il le fasse ? C’est quoi reconnaître un artiste ? C’est reconnaître son intention ? C’est reconnaître l’inconnu ? C’est reconnaître un espace? Est-ce qu’il y a trop de monde ? Est-ce qu’il y a assez d’argent pour tout ce monde ? Est-ce qu’il faut donner de l’argent à tout ce monde ? Est-ce que l’argent public peut être distribué « justement » ? Est-ce qu’il doit l’être ? Est-ce qu’il pourrait l’être « injustement » ? Est-ce que l’argent public peut relever de la subjectivité ? Est-ce qu’il faut de l’argent pour qu’il y ait de l’art ? Est-ce qu’il faut de l’argent pour qu’il y ait la possibilité de le rencontrer ? Est-ce qu’il faut de l’argent pour signifier à une nation que l’art est une activité essentielle ? Qu’est-ce qui est inquiétant aujourd’hui ? Pourquoi ça nous inquiète ? Est-ce qu’il y a la possibilité qu’on rate un grand artiste aujourd’hui ? Est-ce qu’un artiste doit rencontrer son public dans le temps de sa vie ? Est-ce qu’on peut aider publiquement un artiste qui ne rencontre pas son public dans le temps de sa vie ? Comment justifier qu’on aide un artiste qui ne rencontre pas son public ? Est-ce qu’il y a encore la possibilité (à côté d’autres possibilités) d’aider un artiste qui ne rencontre pas son public ? C’est quoi la misère pour un artiste ? De ne pas faire ce qu’il a à faire ? De faire ce qu’il ne veut pas faire ? De ne pas accepter qu’il faille faire parfois ce qu’il ne veut pas faire ? De vivre misérablement ? D’être sans regard sans parole sur ce qu’il fait? D’avoir de l’argent et aucun regard ? D’avoir un regard et aucun argent ? Est-ce qu’un artiste est quelqu’un de l’ « à côté ? » Est-ce qu’il y a un espace « à côté »aujourd’hui ? S’il n’y en a pas, est-ce qu’alors il n’y a plus d’espace pour les artistes ? Est-ce qu’on supporte l’excès, la colère, la folie aujourd’hui ? Est-ce qu’on l’a jamais supporté ? Est-ce qu’on le supporte aujourd’hui sans le supporter ? Est-ce qu’un artiste dans une présentation de saison peut apparaître avec son dérangement ? Est-ce que le caprice, l’image du désordre est devenu la singerie du dérangement profond ? Est-ce qu’un artiste est dérangé ? Est-ce que ça se voit ? Est-ce qu’on peut être dérangeant pour faire croire qu’on est dérangé sans l’être ? Est-ce que la communication tue le fond ? Est-ce que la communication permet d’accéder au fond ? Est-ce que c’est bon pour l’art que tout le monde passe devant ? Est-ce que l’accès à l’art peut être démocratique ? Est-ce qu’il faut s’occuper qu’il le soit ? Qui doit s’en occuper ? Est-ce que le spectacle de mille personnes sur une plage en maillot de bains ça fait du bien ? Qu’est ce qui est mesurable dans une oeuvre ? Est-ce que le bien public (l’argent de la collectivité) oblige à édifier une mesure ? Est-ce qu’il y a une place pour l’exception ? Est-ce que l’exception est un bien pour l’humanité ? Est-ce que l’exception est une version impossible de l’ère démocratique ? S’il n’y a plus d’exception pour le bien commun est-ce un mal ? Est-ce que l’art doit être rare ? Est-ce qu’il est rare ? Est-ce que le bien culturel est consommable ? Est-ce que c’est possible d’être rare et accessible facilement ? S’il y a trop de monde comment arrêter ça ? S’il y a trop de monde quels effets cela produit ? Et si on les tuait ? Par où commencer? Lesquels arrêter en premier ? Les mauvais ? C’est lesquels les mauvais ? Et si on ne faisait rien ? Et si on laissait faire l’administration ? Si c’est l’administration qui s’occupe de l’élimination, qu’est-ce qui est éliminé ? Est-ce qu’une cie est une entreprise ? Est-ce qu’une cie est une unité de production ? Est-ce qu’une cie est une capacité de communication ? Est-ce que le mot CIE donne son existence au projet artistique ou est-ce que le projet artistique donne son existence au mot CIE ? C’est quoi une CIE ? C’est quoi diriger un théâtre ? C’est quoi une politique culturelle ? Un comédien au chômage est-il un mauvais comédien ? Un metteur en scène sans moyens est-il un mauvais metteur en scène ? Si oui, pourquoi se poser des questions ? Si non, que faire de cette question ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Si les salles sont pleines ? Si le nombre de propositions artistiques sont foison ? Si le choix est immense ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-ce qu’on demande au politique ? Comment aimerait-on pouvoir exercer nos métiers ? A quoi sommes nous prêts pour faire vivre nos projets artistiques ? Sur quoi reposent nos exigences ? Les intimes ? Les collectives ? Y a t’il du « commun » -et lequel- dans ce qui nous attache à la tâche ?

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